|
Multimédia et musées
5. Conclusion
La démarche effectuée dans le cadre du présent
essai permet de constater que les jeunes interrogés fréquentent
peu les musées d'État de la région de
Québec. En revanche, ils vont régulièrement
au cinéma. Les activités pratiquées régulièrement
par les jeunes dans leurs temps libres nous renseignent à
propos de leurs habitudes. Il semble que leurs activités
préférées leur permettent généralement
de se divertir et de combler un désir d'évasion.
À la maison, ils regardent la télévision, ils
naviguent sur Internet et jouent à des jeux électroniques.
À l'extérieur de la maison, ils pratiquent différents
sports, ils rencontrent des amis et ils fréquentent les salles
de cinéma. On pourrait alors conclure qu'ils sont davantage
attirés par des activités qui captivent entièrement
leur esprit.
À propos des préférences qu'ils ont
exprimées au sujet des quatre scénarios, certaines
différences distinguent les préférences des
filles et des garçons mais aussi des plus jeunes et des plus
vieux. Conséquemment, le succès d'un scénario
universel nécessite la prise en compte de ces différences
et doit proposer un traitement adapté qui touche le plus
grand nombre de jeunes. De plus, les jeunes apprécient la
technologie et les contenus multimédias et surtout, l'interactivité.
Cependant, ils n'apprécient pas l'absence de
contacts humains et ils semblent en désaccord avec la disparition
du traitement muséographique conventionnel. Selon les jeunes
interrogés, les expériences de visite multimédias
peuvent contribuer à les inciter à venir davantage
au musée. Toutefois, l'augmentation du coût d'admission
et le sujet des expositions pourraient diminuer l'effet d'attraction
de ces expériences auprès de plusieurs d'entre
eux.
D'autres recherches doivent être effectuées
afin de palier les lacunes de la présente démarche.
Déjà, le modèle proposé à la
suite de l'analyse des résultats devrait être
à nouveau évalué par des jeunes. Quoique très
limitée, cette recherche aura quand même permis d'identifier
plusieurs aspects qui méritent d'être étudiés
plus en détails. Elle aura aussi démontré que
la mise en place de visites multimédias est une tâche
qui demande de la réflexion dans un contexte de travail multidisciplinaire.
À l'aide d'un échantillon plus représentatif
et plus important, les différences entre les préférences
des garçons et celles des filles pourraient être mieux
documentées. De la même façon, les différences
observées selon les tranches d'âge pourraient
être mieux comprises avec de nouvelles recherches appuyées
par des moyens plus concrets tels que des prototypes fonctionnels
que les jeunes pourraient expérimenter dans un environnement
réel. Ainsi, il serait plus facile pour ces derniers de porter
un jugement.
Au-delà de l'opinion des jeunes, il faut également
étudier les impacts liés à l'implantation
de tels scénarios dans un musée. D'abord, une
évaluation des coûts et des bénéfices
est évidemment une étape essentielle. Toutefois, avant
de procéder à ce type d'analyse, il serait important
de déterminer ce que sont les bénéfices et
à partir de quel niveau ces bénéfices sont-ils
significatifs. D'autre part, les processus de conception des
expositions ne sont pas adaptés à la création
de contenus multimédias en cours de développement.
Cet aspect représente, à coup sûr, une charge
supplémentaire de travail pour l'équipe de production.
Des outils et des procédés devraient alors être
conçus et mis en place afin de permettre la création
de ces contenus en parallèle avec le contenu de l'exposition
elle-même.
En plus des impacts sur les procédés de conception,
on doit également penser aux impacts opérationnels
lorsque l'exposition est en cours. La plupart des musées
comptent sur la générosité de personnes bénévoles
pour accueillir les visiteurs et leur confier les audioguides. Ces
personnes ne sont pas nécessairement en mesure de manipuler
avec aisance des appareils plus complexes. Elle ne sont pas non
plus entièrement à l'aide avec les nouvelles
technologies et seraient probablement inconfortables au moment d'expliquer
le fonctionnement d'un ordinateur endossable à un adolescent
de 13 ans. On pourrait alors penser à différentes
possibilités pouvant aller de la création d'un
groupe de bénévoles composé de jeunes jusqu'à
l'embauche de personnel supplémentaire.
À l'heure où les musées d'État
viennent tout juste de subir à nouveau des compressions budgétaires
importantes1, on
peut aussi s'interroger sur les priorités que l'on
se donne comme société. D'un côté,
on s'inquiète de la disparition éventuelle de
nos institutions muséales et, de l'autre, on réduit
le soutien financier. Ce constat fait ressortir inévitablement
le partage des responsabilités entre les institution, les
gouvernement, le secteur privé et celui de la recherche.
Il serait illusoire de croire que les solutions viendront uniquement
du soutien financier gouvernemental. Il serait plus réaliste
de penser que les solutions viendront d'une collaboration
entre plusieurs organismes.
Ces éléments qui viennent d'être à
peine effleurés ne sont là que quelques facteurs à
considérer dans la conception de l'audioguide du futur.
Quoique le travail à accomplir avant de voir un résultat
concret est important, on peut affirmer que les musées devront
introduire des compagnons de visite multimédias un jour.
Ce n'est qu'une question de temps.
1 Le
soutien financier accordé au Musée de la civilisation
en 2003-2004 passe de 21 153,7 M à 16 238,9 M,
celui du Musée des beaux-arts de Montréal, passe de
16 502,0 M à 14 338,5 M et celui du Musée
national des beaux-arts du Québec passe de 14 507,8 M
à 13 668,5 M.
|