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Multimédia et musées
2. Problématique
Au Québec, trois grands musées sont reconnus comme
musée d'État selon la Loi sur les musées
nationaux adoptée en 1983 : le Musée national
des beaux-arts du Québec, inauguré à Québec
en 1933 sous le nom de Musée du Québec, le Musée
d'art contemporain de Montréal, inauguré en
1964 et le Musée de la civilisation de Québec, inauguré
en 1988 (MCC, 2000c). Ces trois musées partagent des fonctions
similaires chacun dans leur domaine.
| Musée |
Fonctions |
| Musée national
des beaux-arts du Québec |
Faire connaître,
promouvoir et conserver l'art québécois
de toutes les périodes, de l'art ancien à
l'art actuel, et assurer une présence de l'art
international par des acquisitions, des expositions et d'autres
activités d'animation. |
| Musée d'Art
contemporain de Montréal |
Faire connaître,
promouvoir et conserver l'art québécois
contemporain et assurer une présence de l'art contemporain
international par des acquisitions, des expositions et d'autres
activités. |
| Musée de
la civilisation |
Faire connaître
l'histoire et les diverses composantes de notre civilisation,
notamment les cultures matérielles et sociale des occupants
du territoire québécois et celles qui les ont
enrichies ; assurer la conservation et la mise en valeur de
la collection ethnographique et des autres collections représentatives
de notre civilisation ; assurer une présence du Québec
dans le réseau international des manifestations muséologiques
par des acquisitions, des expositions et des activités
d'animation. |
Au cours des dernières années,
le secteur de la muséologie a subi de multiples transformations.
Tout comme l'ensemble des institutions muséales québécoises,
les grands musées n'échappent pas aux nombreuses
conséquences qui découlent de ces multiples transformations
dont la plus récente, comme le rapporte le muséologue
Raymond Monpetit, concerne l'ouverture des musées sur
la société :
La principale transformation récente du
musée, serait, aux dires de plusieurs, celle de son ouverture,
à plusieurs titres, sur l'espace social et collectif.
[…] On peut, en résumant, dire que nous sommes passés
en assez peu de temps d'un musée centré largement
sur lui-même, sur ses avoirs et ses savoirs à un musée
ouvert sur l'extérieur, un musée dont l'intentionnalité
première va vers ce qu'il offre à ceux qu'il
sert, les publics. (MONPETIT, 2000 : 24-25)
Le musée d'aujourd'hui doit
donc se préoccuper davantage de la satisfaction de ses visiteurs.
Le « musée-espace » des collections
devient un « musée-producteur » sensible
à la réception, par son public, de ce qu'il
produit. Cette nouvelle responsabilité confiée aux
musées constitue un enjeu important pour les années
à venir.
Nonobstant que les activités d'acquisition,
de recherche et de conservation restent des pôles structurants
dans les pratiques muséales, il devient manifeste que la
qualité des services publics rendus par l'institution
et sa capacité de se mettre en réseau pour satisfaire
ceux qui la fréquentent sont garants de sa survie dans l'avenir.
(MCC : 2000c : 6)
Cependant, l'obligation de satisfaire les
visiteurs implique l'adoption de nouvelles façons de
faire. Par exemple, le musée doit effectuer une gestion par
projets, élaborer des critères de performance, avoir
recours à des équipes multidisciplinaires et, surtout,
mettre en place des stratégies de communication efficaces.
Le « musée-producteur » doit mesurer
l'atteinte de ses objectifs opérationnels et évaluer
les résultats de ses actions.
Ce nouveau positionnement des institutions muséales
dans l'espace public marque leur entrée sur le marché
de la consommation culturelle déjà occupé,
entre autres, par la télévision, les spectacles et
les manifestations liées à la culture. Pour plaire
aux consommateurs et s'approprier ou maintenir une part de
ce marché, les musées doivent adapter leurs productions
aux attentes de ces consommateurs. Ainsi, en plus de maintenir la
qualité élevée des expositions qu'ils
produisent, les musées doivent réussir à se
distinguer des activités concurrentes afin d'attirer
et de fidéliser leurs visiteurs. Le ministère de la
Culture et des Communications fait également ce constat dans
sa politique muséale.
[…] les musées […] participent
dorénavant au concert des médias. Inscrits dans la
lignée médiatique, ces vecteurs de diffusion culturelle
deviennent un des lieux de consommation culturelle puisqu'ils
participent à la sollicitation grandissante des consommateurs
et entrent dans la forte compétition pour la répartition
du « dollar-loisir ». (MCC, 2000c : 6)
Le ministère souligne également
que les institutions muséales ont fait preuve de créativité
et se sont impliquées activement dans les actions liées
à ce nouveau défi. Au cours des dernières années,
la muséologie québécoise s'est diversifiée
et a mis davantage d'efforts sur l'interprétation
du patrimoine et des faits culturels dans un objectif de sensibilisation
de la population. Nos musées québécois « ont
opté pour l'enrichissement culturel des citoyens ».
Ils ont créé des expositions permanentes et temporaires
novatrices. Grâce au talent et au travail assidu de leur personnel,
nos musées ont renouvelé le savoir-faire québécois
en muséographie. Toutefois, malgré la mobilisation
du milieu, la situation des musées demeure fragile.
[…] les performances de certaines institutions
sont limitées par les espaces qu'elles occupent. Dans
plusieurs cas, le manque de ressources humaines et la précarité
des emplois nuisent à leur performance. Le manque de ressources
financières incite parfois à des choix déchirants
quant au renouvellement de la programmation et des activités
pédagogiques et culturelles. Et, inévitablement, la
fréquentation des institutions s'en ressent. […]
Instabilité structurelle et financière, difficultés
de renouvellement et plafonnement de la fréquentation constituent
les symptômes d'un essoufflement préoccupant.
(MCC, 2000c : 17-18)
Le plafonnement de la fréquentation dont
il est question se traduit plutôt, pour certains musées,
par une diminution constante. À titre d'exemple, depuis
son ouverture en octobre 1988, le Musée de la civilisation
a enregistré une baisse importante de son achalandage. Entre
la première année complète d'opération
(1989-1990) et son dixième anniversaire en 1999, on constate
une diminution de 188 000 visiteurs soit 25 %. (ALLAIRE, 1999)

Parallèlement au plafonnement ou à
la baisse de la fréquentation des musées, on peut
aussi constater que les pratiques culturelles des Québécois
n'accordent pas une place importante aux institutions muséales.
Selon une étude du ministère de la Culture et des
Communications (2000a) effectuée en 1999 auprès de
6 525 répondants âgés de 15 ans et plus,
30,6 % des personnes interrogées disent avoir visité
un musée d'art au cours des douze derniers mois. Parmi
eux, 6 % disent avoir fréquenté le Musée
d'art contemporain de Montréal et 11,8 % disent
avoir fréquenté le Musée national des beaux-arts
du Québec. Toujours selon les 6 525 répondants
interrogés, 22,8 % affirment avoir visité un
musée autre que d'art au cours des douze derniers mois.
Parmi eux, 12,8 % disent avoir fréquenté le Musée
de la civilisation de Québec. Selon cette étude, il
semble que la fréquentation des établissements culturels
par les jeunes âgés de 15 ans à 24 ans ne présente
pas de profil très contrasté par rapport aux adultes
de 25 ans à 35 ans (MCC, 2000b).
Concernant les pratiques culturelles des adolescents
âgés de 12 ans à 17 ans, peu de données
sont disponibles. Cependant, tel que le souligne le Groupe de recherche
sur l'éducation et les musées (GREM, 1999),
« il est fréquent de lire ou d'entendre
dire que les adolescents sont peu présents au musée. »
Cependant, la quasi absence des données ne permet pas de
prouver cette affirmation.
Au Québec, par exemple, on possède
encore peu de données sur les pratiques d'utilisation
des musées par les 12-17 ans. Les statistiques officielles
des musées canadiens et québécois s'avèrent
malheureusement de peu d'utilité puisque la grande
catégorie des 15-24 ans, utilisée dans ces statistiques
pour représenter les jeunes, exclut les 12-14 et confond
les 15-17 ans avec les jeunes adultes (18-24 ans). […]
d'autres données doivent être recueillies si
l'on veut connaître la nature réelle de la relation
que les 12-17 ans entretiennent avec les musées. (GREM, 1999 : 89)
Cependant, certaines institutions ou groupes de
recherche ont réalisé des enquêtes auprès
des adolescents. Le Musée de la civilisation a réalisé
une telle enquête (DAIGNAULT, 2001) dans le but d'obtenir
des éléments de réponse à trois questions :
« Quelles sont leurs pratiques des musées ? Quelles
sont leurs représentations des musées ? Quels
sont les éléments qui les attireraient au Musée ? ».
Dans cette enquête réalisée auprès de
260 jeunes âgés de 12 ans à 17 ans, on explique
notamment que :
La plupart du temps, leur fréquentation
des musées se fait dans un contexte scolaire ou familial.
Le caractère obligatoire de ces visites constitue probablement
un frein à considérer le musée comme un lieu
de loisir à fréquenter avec des amis. L'association
école/musée est tenace chez les jeunes qui semblent
le plus souvent considérer le musée comme un lieu
pédagogique. (DAIGNAULT, 2001 : 9)
Toujours selon Daignault, il semble que les réponses
des jeunes interrogés sont influencées par leurs expériences
antérieures des visites effectuées dans un contexte
scolaire.
Ainsi, 80 % des jeunes voient le Musée
comme un lieu d'apprentissage. Par ailleurs, 64 % estiment
que le Musée est un lieu pour tous. […] seulement 36 %
estiment que le Musée s'adresse aux adolescents. Alors
que 40 % perçoivent le Musée comme un lieu de
divertissement, 21 %, une proportion non négligeable,
ne qualifient pas le Musée comme un endroit divertissant,
ce qui peut expliquer, en partie, que la visite d'un musée
ne fasse pas partie de leurs loisirs. (DAIGNAULT, 2001 : 34)
Les stratégies de communication mises de
l'avant par le musée d'État ne sont pas
en cause dans le faible taux de fréquentation des jeunes
puisque 73 % d'entre eux avaient entendu parler du Musée
de la civilisation au cours de la dernière année.
Lorsqu'on interroge les jeunes sur les motivations qui les
inciteraient à venir plus souvent au musée, 72 %
d'entre eux identifient l'organisation d'activités
spéciales pour les adolescents comme une motivation significative.
D'ailleurs, dans son étude auprès de 68 musées,
le GREM (1999) souligne que peu d'activités sont offertes
aux adolescents en contexte hors-scolaire. 48 activités par
année leur sont offertes en contexte hors-scolaire contre
201 activités par année en contexte scolaire.
D'autre part, dans son enquête sur
les pratiques culturelles des québécois, le ministère
de la Culture et des Communications conclut que les jeunes âgés
de 15 ans à 24 ans participent à plus d'activités
culturelles que n'importe quel autre groupe d'âge.
Ils assistent à plus de spectacles, ils
vont plus souvent au cinéma et ils fréquentent davantage
les bibliothèques, les musées, les sites et les monuments
historiques, les concerts en tous genres, les salles de danse, les
discothèques, les bars-spectacles et les festivals. Ils s'inscrivent
plus souvent à des cours d'arts et participent davantage
à l'organisation d'activités culturelles
que les adultes. […] Toutefois, ce débordement des
jeunes ne se retrouvent pas partout. […] Ils boudent aussi
les formes les plus traditionnelles d'information et de la
culture. (MCC, 2000b : 49)
Ainsi, il serait faux de croire que les jeunes
ne s'intéressent pas à la culture. Cependant,
ils sont plus sélectifs dans leurs choix lorsque vient le
temps d'investir du temps ou de l'argent consacrés
à leurs loisirs. « Les désirs d'évasion
et de divertissement donnent une coloration particulière
à leur lecture, à leur écoute de la télévision
et à leurs sorties. » (MCC, 2000b : 49) Les
désirs d'évasion et de divertissement ressortent
également dans les résultats de l'enquête
de Lucie Daignault :
La moitié des jeunes interrogés
préféreraient une activité qui leur permettrait
d'être en contact avec d'autres jeunes. L'expérimentation
et l'interactivité constituent deux pôles essentiels
[…]. La nouveauté est un élément dont
tiennent compte les adolescents, puisque 45 % s'attendent
à voir de nouvelles choses lorsqu'ils visitent le Musée.
(DAIGNAULT, 2001 : 39)
Les adolescents soulignent également que
ce qu'ils trouvent le plus intéressant au Musée,
c'est de participer à des visites libres. De fait,
93 % d'entre eux affirment n'avoir aucun intérêt
pour les visites commentées. Ils préfèrent
prendre leurs propres décisions plutôt que de se voir
imposer une marche à suivre. Ce désir d'autonomie
est d'ailleurs un des éléments qui attire les
jeunes à naviguer sur Internet selon une enquête effectuée
auprès de jeunes Québécois âgés
de 12 ans à 18 ans.
L'attrait du Net — ce qui le distingue des
médias traditionnels comme la télévision, dont
les « programmes sont imposés » sans
interaction possible — repose sur la possibilité qu'il
offre de pouvoir agir et diriger soi-même, à son gré,
le mode de consultation désiré. La diversité
des opérations possibles (de la navigation au téléchargement,
du chat à la création de pages Web) et la variété
des modes d'opérations laissent à l'internaute le
pouvoir d'être « maître à bord ».
(MCC, 2001 : 13)
Conséquemment, il semble que les adolescents
constituent une clientèle plutôt intéressée
et volontaire lorsqu'ils sont en présence d'activités
ou d'événements qui répondent à
leurs attentes. Cette clientèle n'est pas problématique
mais plutôt différente. Le manque d'intérêt
des adolescents ne serait pas en cause dans leur faible présence
dans les musées en contexte hors-scolaire. Puisque les stratégies
de communication visant à promouvoir les expositions des
musées ne sont pas non plus en cause, il semble que l'on
doit se tourner plus particulièrement vers les moyens de
communication utilisés à l'intérieur
des musées et des expositions. À ce propos, les jeunes
interrogés au cours de l'enquête menée
par Lucie Daignault (2001) précisent aussi leur préférence
pour les jeux interactifs, les films, les images, l'audiovisuel,
l'atmosphère et les décors.
Les expériences de visite offertes actuellement
ne semblent pas réussir à intéresser suffisamment
les jeunes. Pour les inciter à venir au musée, ces
jeunes doivent être séduits par une expérience
de visite riche et adaptée à leurs attentes. Ainsi,
il ne s'agit pas simplement de cibler un sujet qui les intéresse.
Il faut également élaborer une stratégie de
communication qui les touche. Au-delà des moyens de communication
comme tels, il serait intéressant de s'interroger sur
les différentes façons de concevoir une visite au
musée et de réviser les pratiques habituelles liées
à la scénarisation d'un parcours. La visite
libre doit-elle être la même pour tous ? La nouveauté
attendue par les jeunes doit-elle toujours impliquer une nouvelle
exposition ? Les adolescents ne pourraient-ils pas profiter
d'une visite exclusive adaptée à leur besoin
de reconnaissance ? Les moyens de communication destinés
à cette clientèle devraient-ils être sous la
responsabilité de chaque projet ou devraient-ils être
développés dans une approche globale du musée ?
Ainsi, l'hypothèse du présent
essai se pose de la façon suivante : une expérience
de visite multimédia et interactive adaptée aux attentes
des jeunes peut-elle inciter ces derniers à fréquenter
plus régulièrement le musée ?
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